Je me trouvais depuis une heure déjà dans le château du comte Drencula et déjà l'aspect sinistre de ce lieu faisait naître dans mon coeur les plus sombres pressentiments.
Non, pas encore un de ces multiples châteaux poussiéreux et humides, je supportais de plus en plus mal les escaliers en colimaçon, la décoration kitsch et trop chargée ors d’age. La barbe ! La semaine ne s’annonçait vraiment pas sous les meilleurs augures.
Non, décidemment, je commençais à douter de l’intérêt de mon voyage en plaine Sylvanie.
Malgré la distance parcourue depuis la maison, il convenait toutefois de garder le savoir vivre de ma condition et d’aller se présenter à l’ôte de ces lieux ; 35 ans passés à Versailles, à chanter des cantiques et à tricoter des chaussettes, ça laisse ses traces, et l’on apprend à ne jamais oublier les convenances.
Je parcourais donc le château, cherchant des yeux et de la voix le propriétaire de la demeure. Le soir commençait à tomber et même si le savoir vivre le plus rudimentaire m’aurait obligée à quitter les lieux, l’idée de passer la nuit dehors me poussait à contrevenir à ce principe.
Après une dizaine de minute et après maintes recherches, un bruit de pas se fit entendre. Avant d’avoir pu en voir le responsable, je déclamais mon identité et la raison de ma présence.
Le compte Drencula apparu enfin devant moi, un sourire avenant sur le visage. Ses traits étaient fins, et ses lèvres rouge sang ressortaient sur son visage pâle. Il avait le maintient d’un châtelain et sa maîtrise des codes laissait deviner qu’il était issu d’un milieu social des plus respectables.
Il m’invita chaleureusement à passer la nuit dans sa demeure et de bien vouloir partager sa table pour le dîner. Une présence, de surcroît française et féminine l’enchantait au plus au point. « Je bénis vos déboires touristiques pour vous avoir conduit jusqu’à moi, me dit-il. Il me fit donc faire le tour de la demeure, me racontant l’histoire du château et de sa famille, propriétaires depuis plusieurs siècles. »
Différents portraits en représentaient une grande partie, ils avaient tous ce même trait caractéristique, une peau très blanche sur lesquelles des lèvres pourpres contrastaient presque violemment. Leur maigreur et leurs traits anguleux leurs donnaient un air presque rustre, mais leur regard sympathique et leur posture charismatique rendaient les tableaux presque agréables. Pourtant, une minuscule huile, plus récente que la plupart des autres accrochée dans un coin du mur retint mon attention. Elle représentait une jeune fille rondouillette, les joues rosées, avec un visage très enfantin. Son regard transpirait la tristesse. Le compte remarqua mon intérêt pour ce tableau et m’expliqua qu’il s’agissait d’une cousine éloignée, qui avait toujours été un peu spéciale, qui n’avait pas le « don » familial, elle n’avait en conséquence jamais réussi à combler les attentes de la famille ni de l’école. Ses camarades de classe la considéraient comme une cinglée et la traitaient en conséquence. La famille avait donc été dans l’obligation de l’envoyer en pension dans le sud de la France. Elle était décédée prématurément à l’age de 78 ans.
N’osant pas interroger plus que ça mon hôte su la nature du « don » en question, et sur le côté « prématurée » du déces d’une femme d’un bel age, je continuais la visite et la discussion sur un ton léger.
Tout en parcourant les immenses galeries du château, il m’interrogea alors sur la décoration, seul élément du château qu’il avait pris l’initiative de modifier. Même si je remarquais avec plaisir l’inexistence d’images pieuses aux murs,les épais rideaux rouges et or et le côté pompeux des chandeliers m’horripilait au plus au point.
Là encore, mon éducation m’interdisant le mensonge, je ne pu me résoudre à lui avouer mon dégoût profond pour ce genre de demeures et ne pu que lui répondre« Je suis heureuse qu'il n'y ait pas de broderie au petit point sous verre, ici ! »
Avec un sourire entendu, il me proposa de passer à table et de me montrer mes appartements après le repas. Il tenait toujours à avoir une chambre prête à recevoir même si les visites impromptues se faisaient plus que rares.
« Je suis heureux d’avoir un peu de compagnie, m’avoua t’il, cette partie du pays n’est pas des plus fréquenté et même si j’aime la tranquillité, j’avoue que j’apprécie parfois de partager un dîner et une conversation, je ressent parfois une certaine soif avide de voir des êtres humains. »
Le dîner fut des plus réussis, la compagnie du comte était agréable mais ma curiosité continuait à croître sur le fameux don qui faisait défaut à la cousine ronde et que tout le reste de la famille semblait avoir. Il ne pouvait s’agir d’un don musical, le château ne contenant aucune trace d’un seul instrument. Il était aussi dépourvu de trophées de chasse ou de compétitions sportives. De quoi pouvait-il bien s’agir. Je ne laissais rien transparaître de mes interrogations et profitait de la cuisine Hongroise, basée sur de la viande très rouge, en sauce dont je serais bien incapable de déterminer les ingrédients. Le vin me montait légèrement à la tête et la fatigue commençait à se faire sentir.
Le conte, voyant mon état de fatigue, me proposa de m’amener à ma chambre, un long sommeil me ferait le plus grand bien, selon lui. J’acquiesçais et les jambes et la tête lourdes, le suivait sans aucune résistance. A mon étonnement, ma chambre ne serait pas à l’étage mais au contraire nous empruntâmes un escalier en colimaçon qui descendait à la cave. J’aurais, en temps normal, réagi, mais mon état ne me permis que d’emetre un léger étonnement. Il ouvrit une lourde porte en bois à l’aide d’une clé qui donnait sur un cachot.
Je fus surpris, car on lisait sur la façade, en lettres d’or : "Œuvre de la mort volontaire." J’entrais tout de même comme un agneau, je ne sais pas si c’était le vin ou la confiance qu’avait fait naître le conte chez moi.
Il continuait à me parler su le même ton léger qui avait dirigé toute nos discussions depuis notre rencontre. Puis le timbre de sa voix changea. Il était intriguant et roque.
« J’ai remarqué que vous vous intéressiez vivement au « don » de la famille, mais que votre éducation ne vous autorisait pas à m’interroger à ce sujet...
- J’avoue qu’effectivement ma curiosité me pique mais qu’il aurait été bien indiscret de ma part d’harceler la personne qui m’accueille si chaleureusement à une heure aussi tardive alors que nous ne nous connaissons pas
- Permettez moi de vous en faire une démonstration avant de vous en dire plus. » Il s’approcha de mon cou et y planta avidement ses dents.
Je tentais de le repousser, un homme de son rang, se jeter sur une demoiselle sans son consentement et sans avoir eu l’obligeance de rencontrer ses parents…
Mais la pression de son baiser se faisait de plus en plus fort, à la sensation de piqûre s’ajoutait une succion, mon sang et ma vie semblaient être aspirer en dehors de mon corps.
Mes manières et mon éducation avaient donc évincé la méfiance d’un Homme avisé, mes dernières pensées ne furent que pour ma famille à Versailles, qui décidément portaient toutes les responsabilités de ma vie et ma fin désastreuse.
Je vous invite à examiner de plus près votre devoir et les obligations de vos fonctions sur terre, car nous en avons une représentation confuse, et c’est à peine si nous…
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